Un jour, elle nous dit j'ai achete des pommes, fruits de la France, vous etes Francais,
il faut manger des pommes. On essaye, on recrache. Elle crie. On dit qu'on etouffe, que ca
c'est du coton, qu'il n'y a pas de jus, que ca ne s'avale pas. Elle abandonne. La viande,
on recrache aussi, on n'aime que la chair du poisson d'eau douce cuite a la saumure, au
nuoc-mam. On n'aime que le riz, la fadeur sublime a parfum de cotonnade du riz cargo, les
soupes maigres des marchands ambulants du Mekong. Quand on passe les bacs ma mere nous
achete de ces soupes au canard, la nuit. Sur les sampans, les feux de charbon de bois sous
les marmites de terre. Tout le fleuve est parfume par le feu et les herbes bouillies.